Modèle
Préparer une interview
Une interview se prépare avant, se tient avec méthode et se termine avec prudence. Ce guide explique le média training pas à pas et renvoie à un modèle commenté pour remplir votre fiche de préparation.

Pourquoi préparer une interview, même brève ?
Un journaliste vous sollicite avec peu de temps. Il cherche une information claire, une explication ou une réaction, puis il décide seul de l’angle, des extraits retenus et de la publication. Votre préparation ne garantit donc jamais une parution. Elle vous aide à dire l’essentiel, simplement, sans vous exposer inutilement. Si l’interview fait suite à un communiqué ou à une proposition de sujet, elle s’inscrit dans une démarche de relations presse plus large.
Le guide fédéral belge en fait la règle d’or d’une interview réussie : quelques messages clés, résumables en cinq phrases au plus, et une liste de questions-réponses anticipées. Le média training, c’est cette préparation, répétée à voix haute avec un interlocuteur qui joue le journaliste. Le même guide le juge indispensable et conseille de se faire accompagner pour les situations difficiles, comme une crise. Guide presse des SPF belges L’ANSSI le recommande aussi : simulations d’interviews filmées et sessions de questions-réponses aident les porte‑parole à se familiariser avec les attentes des médias et à affiner leurs messages. ANSSI
Le modèle commenté présenté plus bas, avec sa note de marge pour chaque rubrique, sert de support à toute cette préparation. Il fait partie des modèles commentés à télécharger. Le texte ci‑dessous explique comment le remplir, puis l’adapter au média visé.
Comment remplir la fiche, rubrique par rubrique ?
Média, émission ou rubrique, journaliste
Commencez par savoir à qui vous parlez. Lisez ou écoutez deux ou trois sujets récents du journaliste. Repérez son ton, ses sources habituelles et la manière dont il pose ses questions. Notez la rédaction et la rubrique : le même sujet n’est pas traité de la même façon dans une émission d’actualité et dans une revue spécialisée. Pour comprendre ce que le journaliste attend de vous, le guide sur le travail des journalistes donne le contexte.
Format : direct, enregistré, écrit, durée, lieu
Demandez toujours si l’entretien est diffusé en direct, enregistré puis monté, ou destiné à un article. Demandez la durée et le lieu. Ces trois informations changent votre manière de parler. En direct, personne ne coupe ce que vous dites. En enregistré, le montage ne garde souvent que quelques dizaines de secondes de parole. Selon le guide belge, dans un sujet radio ou télé d’environ 1 min 30, 20 à 30 secondes vont aux interviews : le message doit tenir en une vingtaine de secondes. Guide presse des SPF belges
Angle probable du sujet
Demander l’angle est légitime : « Sous quel angle abordez‑vous le sujet ? » est une question normale. Demander la liste des questions à l’avance ne l’est pas toujours : certaines rédactions refusent. Si les questions vous sont communiquées, l’AFP indique, pour ses interviews, si les questions ont été soumises à l’avance. Agence France‑Presse Notez l’angle probable, puis écrivez ce que vous aimeriez pouvoir dire sous cet angle.
Trois messages clés
Choisissez trois messages, pas davantage. Chacun doit pouvoir se dire en une phrase courte, compréhensible par quelqu’un qui ne connaît ni votre secteur ni votre sigle. Un bon test : si l’on ne retient qu’une phrase de votre intervention, laquelle voulez‑vous voir citée ? Ces messages se préparent aussi pour un dirigeant, comme l’explique la page sur la prise de parole d’un dirigeant.
Preuves : chiffres sourcés, exemples
Pour chaque message, ajoutez une preuve. Un exemple concret marque plus qu’une statistique isolée. Si vous citez un chiffre, notez sa source et sa date, et vérifiez-le avant l’entretien. Un chiffre approximatif énoncé avec aplomb est une erreur que la rédaction peut relever.
Questions difficiles anticipées et réponses
Listez les questions que vous préféreriez ne pas recevoir : une polémique, une erreur passée, un désaccord interne, un sujet qui touche une personne. Rédigez pour chacune une réponse courte et vraie. Le guide belge proscrit le mensonge sur les faits : il met en péril la crédibilité du porte‑parole, mais aussi celle de l’organisation. Il recommande la technique des ponts, qui consiste à répondre brièvement puis à revenir à l’un de ses messages clés. Guide presse des SPF belges
Ce qui est confidentiel
Écrivez noir sur blanc ce qui ne doit pas être publié. Règle simple : tout ce qui est dit peut être cité. Ce qui ne doit pas sortir ne se dit pas. La suite de ce guide détaille le cas de l’off.
Après l’entretien
Prévoyez ce que vous ferez ensuite : remercier, envoyer un document complémentaire si le journaliste le demande, vérifier la parution. Prévoyez aussi ce que vous ne ferez pas, notamment demander à relire le texte.
Comment adapter la fiche au média visé ?
La structure de la fiche reste la même. Le poids de chaque rubrique change.
- Presse écrite et sites d’information. Vous avez plus de place pour expliquer. Les preuves et les exemples comptent davantage. Le journaliste reformule : ne comptez pas sur une phrase précise pour être reprise mot pour mot.
- Radio. Seule la voix compte. Des phrases courtes, un rythme calme, aucun sigle non expliqué. Le guide Travailler avec la radio détaille les formats.
- Télévision. L’image s’ajoute à la parole : posture, regard, lieu de tournage. Le temps de parole retenu est très court. Les conseils sur le passage à la télévision complètent cette fiche.
- Podcast. Le format est souvent plus long et plus libre, avec une part de conversation. Écoutez plusieurs épisodes avant d’accepter, et demandez si l’enregistrement sera monté. La page sur l’invitation dans un podcast précise les usages.
En audiovisuel, le montage décide de ce qui reste. Préparez donc des phrases qui tiennent seules, sans dépendre de ce qui précède.
Que faire pendant l’entretien ?
Écoutez la question en entier avant de répondre. Répondez d’abord, puis ajoutez votre message. Si la question est difficile, une réponse brève suivie d’un pont vers un message clé vaut mieux qu’une longue justification. Guide presse des SPF belges Ne vous défendez pas sur un terrain que le journaliste n’a pas ouvert.
Si vous ne savez pas, dites-le. Proposez de vérifier et de transmettre l’information plus tard si le journaliste le souhaite. Ne devinez jamais un chiffre ou un fait.
Gardez le même niveau de vigilance à la fin : le guide belge invite à rester professionnel jusqu’au bout, car le micro ou la caméra peuvent encore être branchés.
Off, citation, anonymat : que peut‑on demander ?
Sauf accord préalable, tout ce qui est dit est citable et attribuable, et ne peut pas être déclaré « off » après coup, selon les principes de l’AFP sur les sources. L’agence distingue les personnes habituées aux médias, dont les responsables des relations presse, qui savent que leurs propos seront utilisés publiquement, des simples particuliers. Agence France‑Presse Un porte‑parole ne peut donc pas compter sur l’indulgence liée à l’inexpérience.
La charte d’éthique des journalistes reconnaît pourtant que le journaliste respecte l’off, l’anonymat ou l’embargo qu’il a librement acceptés, à condition que ces engagements soient clairs et incontestables. CDJM Le point décisif : l’accord doit être convenu avant de parler, et le journaliste doit l’accepter. L’anonymat ne s’obtient pas sur simple demande. Le guide fédéral belge prévient qu’en pratique le off n’existe pas : même s’il n’est pas censé la publier, le journaliste peut utiliser l’information pour construire son sujet. Guide presse des SPF belges Le plus sûr reste de ne pas dire ce qui doit rester confidentiel. Le guide sur l’embargo, l’off et le droit de réponse approfondit ces notions.
Peut‑on relire l’article ou l’interview avant publication ?
En règle générale, non. La charte de l’AFP exclut de soumettre les dépêches à la relecture des sources. Pour les interviews, l’agence précise ne jamais soumettre le texte pour relecture ; elle peut en revanche vérifier avec la personne interrogée un point technique ou une citation. Agence France‑Presse Le CDJM va dans le même sens à propos des invitations : la liberté éditoriale des journalistes reste totale, et leurs articles ou images ne peuvent en aucun cas être relus ou validés avant publication par l’organisateur. CDJM
Ce qui existe, c’est la vérification d’un point technique ou d’une citation par le journaliste lui-même. Vous ne validez pas son texte. Si une erreur factuelle est publiée, la voie normale est de la signaler à la rédaction.
La charte d’éthique mondiale des journalistes impose en outre au journaliste d’informer les personnes interrogées que leurs propos sont destinés à être publiés. CDJM Ne partez donc jamais du principe qu’un échange est informel.
Quelles erreurs reviennent le plus souvent ?
- Arriver sans avoir écouté le média. Vous risquez de répondre à côté du format ou du ton.
- Multiplier les messages. Au‑delà de trois, ils se diluent.
- Parler comme dans une réunion interne. Sigles, jargon et détails d’organisation éloignent l’auditeur ou le lecteur.
- Compter sur le off. Sans accord préalable et clair, tout est citable. Agence France‑Presse
- Exiger une relecture. L’AFP ne soumet jamais le texte d’une interview pour relecture. Agence France‑Presse
- Improviser sur les chiffres. Mieux vaut dire qu’on vérifie.
- Baisser la garde à la fin. Le micro peut rester ouvert. Guide presse des SPF belges
- Préparer seul une situation sensible. Pour une crise, faites‑vous accompagner. La page sur la communication de crise décrit la démarche, et le guide pour préparer le porte‑parole d’un organisme éducatif propose un cadre adapté à ce secteur.
À retenir : une interview bien préparée ne garantit ni sa diffusion ni son angle. Elle vous permet de dire clairement ce que vous voulez dire, et de laisser la rédaction faire son travail.


